Claire Renaut est une artiste qui vit à Seattle. Son art repose sur une tradition textile japonaise, un emblème culturel : le Shifu. Il s’agit d’étoffes tissées à partir de fils de papier.

 

 

Quel est votre parcours personnel ?

A 16 ans je tricotais déjà, je cousais et transformais tous mes vêtements, j’étais très intéressée par le tissu et les différentes matières textiles. Ma grand-mère avait des doigts de fées, j’étais à bonne école, un jour une amie de ma mère en me voyant choisir mes tissus m’a demandé pourquoi je ne pensais pas à l’école des Beaux-Arts, ce fut un déclic ! Je suis rentrée à l’école de mode Esmod à Paris et j’ai travaillé 15 ans comme designer styliste.

Avez-vous toujours habité aux Etats-Unis ?

J’ai grandi en France, élevée par une mère allemande, vécu en Allemagne et vis aux Etats Unis depuis 1998. Cette expérience multiculturel et multilingue a toujours eu un impact sur ma vie et façonnée ma vision artistique. D’ailleurs, mes thèmes artistiques sont l’immigration, l’appartenance et l’adaptation.

Quand je suis arrivée à New York en 1998, j’ai été étonnée du manque de créativité dans l’industrie de la mode, je trouvais qu’on se contentait trop souvent de reprendre un modèle à succès et de faire quelques modifications.

Alors j’ai décidé de faire un master degré en textile à l’Université de Philadelphie. J’ai adoré travailler sur les tissus, les couleurs, les métiers à tisser et les impressions textiles digital.

Ensuite, je suis partie au Japon pour étudier les techniques traditionnelles de tissage japonais, la peinture sur soie et surtout le Shifu, technique de filage de papier pour en faire du fil et le tisser pour des kimonos.

Revenue aux Etats-Unis après mon séjour à Kyoto, j’ai commencé à utiliser le papier journal comme matière première, en utilisant la technique du Shifu. Filer le papier est devenu une métaphore ; réaliser que j’étais capable de lire et de comprendre les journaux américains a été pour moi un vrai signal d’adaptation culturelle. Transformer le fil en le tricotant, en le tissant ou en le sculptant me donne un sentiment d’appartenance et me permet de me faire des racines dans une ville qui n’est pas la mienne.

Peut-on dire de ce matériel qu’il vous permet de faire passer des messages ?

Effectivement, Je garde les journaux des lieux et des évènements qui ont marqués ma vie, ils deviennent pour moi un moyen de transmettre des émotions et des messages. Parfois mon travail est très personnel, et parfois il est plus politique, comme les œuvres faites avec les journaux du New York Times et du Washington Post datant du 11 septembre 2001 (www.911Knit.com) ou avec le journal « RESIST » distribué pendant les marches de protestations des femmes en janvier 2017 et 2018, avec lequel je tricote des mini « pussy hat ».

Nous remercions vivement Claire Renaut d’avoir bien voulu nous recevoir,  pour en savoir plus sur ses oeuvres, visitez son site : www.clairerenaut.com

Elle expose jusqu’au 18 novembre au Pacific Northwest Quilt and fiber Arts Museum de La Conner.

https://www.qfamuseum.org/

Elle a reçu le 1er prix « Fiber Art » et l’Award of Excellence « Innovative Design »

De Janvier à Mars 2019 nous pourrons voir son travail dans une exposition online, GENSIS :
www.dabart.me et www.artsy.net

Emmanuelle